Fêtes juives

Pourquoi le divorce est-il une mitsva chez les juifs ?

Par Nathan LEVY · Publié le 14 janvier 2024 · Mis à jour le 27 septembre 2026 · 6 min de lecture

Pourquoi le divorce est une Mitsva chez les juifs ?

Le judaïsme ne souhaite jamais un divorce, mais lorsqu'un couple a décidé de se séparer, la Torah prescrit une manière précise de le faire : le mari remet à son épouse un acte de divorce, le guet. C'est cette démarche qui est une mitsva. Maïmonide la compte parmi les 613 commandements (commandement positif n° 222), à partir d'un verset du Deutéronome.

Dire que le divorce est une mitsva ne signifie donc pas qu'il faut divorcer. Cela signifie que, lorsque la vie commune n'est plus possible, la séparation doit se faire dans les règles, avec dignité, pour que chacun puisse reconstruire sa vie. Voici ce que dit la tradition, comment se déroule un guet et ce qu'il faut savoir en France.

Un échec que la Torah encadre

Le mariage juif, célébré sous la houppa et scellé par la ketouba, est une union sacrée : on l'appelle kiddouchin, « sanctification ». La tradition mesure donc la gravité d'une rupture. Le prophète Malachie (2, 16) exprime l'aversion divine pour la répudiation, et le Talmud enseigne que lorsqu'un homme divorce de sa première épouse, « même l'autel verse des larmes » (Guittin 90b).

Pourtant, la Torah ne condamne pas un couple à rester uni contre sa volonté. Elle reconnaît que certaines unions échouent et elle offre une porte de sortie claire. La mitsva ne porte pas sur la décision de se séparer, qui reste un constat douloureux, mais sur la façon de le faire.

Ce que dit la Torah : le guet

Le Deutéronome (24, 1) décrit la procédure : le mari « lui écrira un acte de divorce et le lui remettra en main ». Deux éléments sont donc essentiels : un document écrit, et sa remise effective à l'épouse. Aucune parole prononcée, aucun jugement civil ne peut le remplacer.

Le guet est rédigé en araméen par un scribe expert (sofer), spécialement pour ce couple : il n'existe pas de formulaire préimprimé. Il compte traditionnellement douze lignes et il est signé par deux témoins. L'ensemble se déroule sous le contrôle d'un tribunal rabbinique (Beth Din) composé de trois juges, qui vérifie chaque détail pour que le document soit valable.

Pourquoi le divorce religieux est une mitsva

Seul le guet met fin au mariage juif

Un divorce prononcé par un tribunal civil ne dissout pas le mariage religieux. Le Consistoire de Paris le rappelle : sans guet, les époux restent mariés au regard de la loi juive, même s'ils sont divorcés depuis des années devant l'état civil.

Rendre sa liberté à l'autre

Le guet permet à chacun, et surtout à la femme, de se remarier religieusement. Sans lui, une nouvelle union est considérée comme adultère, et les enfants qui en naîtraient auraient un statut personnel très lourd (mamzer) qui les empêcherait d'épouser la plupart des membres de la communauté. Donner le guet, c'est protéger les générations futures.

Respecter le consentement de chacun

Il y a environ mille ans, Rabbénou Guerchom, surnommé « la lumière de l'exil », a interdit à un homme de divorcer de sa femme sans son accord. Le guet est ainsi devenu une démarche consentie par les deux époux, qui doivent être pleinement capables de décider.

Éviter les situations d'agouna

Une agouna, littéralement « femme enchaînée », est une femme qui ne peut pas se remarier parce que son mari refuse le guet ou a disparu. Remettre le guet sans attendre lorsque le mariage est terminé est un acte de responsabilité : c'est précisément ce que la mitsva demande.

Comment se déroule un guet

  1. L'ouverture du dossier auprès d'un Beth Din, avec les documents demandés.
  2. La rédaction du guet par le sofer, à la demande du mari, en présence du tribunal.
  3. La signature par deux témoins valables.
  4. La remise : le mari place le guet dans les mains de son épouse, qui le reçoit. Si l'un des deux ne peut être présent, la loi prévoit la possibilité de nommer un mandataire.

La cérémonie est brève et sobre. Pour beaucoup de couples, elle marque une vraie clôture, plus apaisée que les procédures civiles.

Le divorce religieux en France

À Paris, les demandes sont traitées par le Beth Din du Consistoire. Selon la page consacrée au divorce religieux sur le site du Consistoire, il faut fournir les pièces d'identité des deux époux, la ketouba (le Consistoire peut en délivrer un duplicata en cas de perte), le livret de famille et deux photos d'identité. Le Beth Din encourage vivement les couples à anticiper le divorce religieux plutôt que de l'engager après le divorce civil, et propose un accompagnement par une médiation familiale (Chalom Bait). En revanche, un remariage religieux n'est possible qu'une fois le divorce civil prononcé.

En province et à l'étranger, les tribunaux rabbiniques locaux ou le rabbin de votre communauté vous orienteront. Un rabbin de communauté connaît en général les démarches et les interlocuteurs.

Après le guet

  • Une femme divorcée attend trois mois avant de se remarier religieusement, afin d'établir sans doute possible la filiation d'un enfant à naître.
  • Un cohen (descendant de la famille sacerdotale) ne peut pas épouser une femme divorcée, y compris son ancienne épouse.
  • Des ex-époux peuvent se remarier ensemble, sauf si la femme a épousé un autre homme entre-temps.

Quand la famille se retrouve pour une fête

Un divorce n'efface pas les grandes étapes de la vie des enfants. La Bar Mitzvah d'un fils, la Bat Mitzvah d'une fille ou un mariage réunissent souvent des parents séparés. Quelques repères aident à préserver l'harmonie :

  • Se mettre d'accord tôt sur la date, le budget et le partage des rôles, en s'appuyant sur les conseils de notre guide d'organisation de la Bar Mitzvah.
  • Choisir une formulation qui nomme les deux parents : notre page d'exemples de textes d'invitation propose des tournures adaptées.
  • Prévoir un plan de table réfléchi, qui place chaque branche de la famille avec ses proches.
  • Garder l'enfant au centre : son discours, sa montée à la Torah et sa joie comptent plus que tout le reste.

Le faire-part Site Internet facilite aussi l'organisation lorsque deux familles invitent : un seul lien à partager, et les réponses arrivent par e-mail, sans double liste à tenir.

Préparer le faire-part de votre évènement

Questions fréquentes

Le divorce est-il obligatoire ou encouragé dans le judaïsme ?

Non. Le judaïsme valorise la stabilité du couple et le Talmud dit que l'autel pleure lors d'un divorce. La mitsva porte sur la manière de divorcer : si la séparation est décidée, elle doit se faire par un guet remis selon la loi.

Le divorce civil suffit-il pour un couple marié religieusement ?

Non. Au regard de la loi juive, seul le guet met fin au mariage. Sans lui, les époux restent mariés religieusement, ce qui empêche notamment la femme de se remarier à la synagogue.

Qu'est-ce qu'une agouna ?

C'est une femme « enchaînée » à son mariage parce que son mari refuse de lui remettre le guet ou a disparu. Elle ne peut pas se remarier religieusement. Remettre le guet sans tarder lorsque le mariage est terminé évite ces situations.

Peut-on faire le guet avant le divorce civil en France ?

Oui. Le Beth Din du Consistoire de Paris encourage même les couples à anticiper le divorce religieux. En revanche, un remariage religieux ne peut avoir lieu qu'après le prononcé du divorce civil.

Qui rédige le guet ?

Un scribe spécialisé, le sofer, l'écrit à la main en araméen pour ce couple précis, à la demande du mari. Deux témoins le signent et un Beth Din de trois rabbins supervise l'ensemble de la procédure.

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