Torah

Deuil juif : les étapes, de la chiva à l’année de deuil

Par Nathan LEVY · Publié le 18 septembre 2026 · 6 min de lecture

Bougie de souvenir allumée sur une table en bois sombre

Le deuil juif se vit par étapes. De la mort à l’enterrement, c’est l’aninout ; viennent ensuite la chiva, sept jours de deuil à la maison, puis les chloshim, jusqu’au trentième jour. Pour un père ou une mère, le deuil dure douze mois, pendant lesquels les fils récitent le kaddish onze mois. Chaque année, la date hébraïque du décès est marquée par l’azkara.

Les détails varient entre ashkénazes et séfarades : le rabbin de la communauté reste la référence pour toute question précise.

L’aninout : de la mort à l’enterrement

La personne qui vient de perdre un proche est appelée onen. Sous le choc et occupée par les obsèques, elle est dispensée des commandements qui demandent une action et de la concentration, comme la prière, les bénédictions ou les téfilines. Elle reste tenue par les interdits, notamment ceux du Chabbat.

En apprenant un décès, on dit : « Baroukh Dayan haEmet » (ברוך דיין האמת), « Béni soit le Juge de vérité ». Les proches endeuillés accomplissent la keria : ils déchirent debout un vêtement, du côté du cœur pour un père ou une mère, à droite pour les autres proches, et portent ce vêtement déchiré pendant toute la chiva, sauf le Chabbat.

L’enterrement

L’inhumation a lieu le plus rapidement possible. La hevra kadicha, la société d’inhumation de la communauté, prépare le corps : toilette rituelle (tahara) puis habillage d’un linceul simple. La loi juive interdit l’incinération et l’embaumement. Là où la loi l’impose, comme en France, on utilise un cercueil simple, en bois.

Les fleurs ne font pas partie de la tradition ; sur une tombe juive, on dépose une petite pierre. Au retour du cimetière, on se lave les mains, et les proches servent aux endeuillés le repas de consolation : du pain, des œufs durs, parfois des lentilles.

La chiva : les sept jours de deuil

La chiva (« sept ») concerne les sept proches parents du défunt : père, mère, fils, fille, frère, sœur et conjoint. Elle commence après l’enterrement, le reste de la journée comptant pour le premier jour, et se termine le septième jour au matin, après la prière de Chaharit.

Les endeuillés restent à la maison, de préférence celle du défunt, et reçoivent les visites. Les usages principaux :

  • s’asseoir sur des sièges bas ou par terre ;
  • ne pas porter de chaussures en cuir ;
  • ne pas se raser, ne pas se couper les cheveux, ne pas se laver pour le plaisir ni se maquiller ;
  • couvrir les miroirs de la maison ;
  • laisser brûler une bougie ou une veilleuse, symbole de l’âme, pendant les sept jours ;
  • réunir un minyan pour prier à la maison, matin et soir, et y réciter le kaddish.

Le Chabbat, le deuil public est suspendu : les endeuillés vont à la synagogue et quittent les signes extérieurs du deuil, mais le deuil intime continue. Une grande fête interrompt la chiva ; si l’enterrement a lieu pendant une fête, le deuil commence à son issue (voir le calendrier des fêtes juives).

Rendre visite pendant la chiva : que dire ?

Réconforter les endeuillés est une mitsva. Quelques repères :

  • on entre sans saluer et on attend que l’endeuillé prenne la parole ; il n’est pas obligé de parler, et le silence est aussi une présence ;
  • on évoque le défunt, on écoute surtout ;
  • on apporte plutôt un plat ou l’on aide à servir, car la famille ne cuisine pas ;
  • une visite courte suffit souvent.

En partant, les ashkénazes disent :

הַמָּקוֹם יְנַחֵם אֶתְכֶם בְּתוֹךְ שְׁאָר אֲבֵלֵי צִיּוֹן וִירוּשָׁלָיִם

Phonétique : Hamakom yenahem etkhem betokh chear avelei Tsion viYeroushalayim.
Traduction : « Que l’Omniprésent vous console parmi les endeuillés de Sion et de Jérusalem. »

Les séfarades disent le plus souvent :

מִן הַשָּׁמַיִם תְּנוּחָמוּ

Phonétique : Min hachamayim tenouhamou.
Traduction : « Que le Ciel vous console. »

Beaucoup font aussi un don de tsedaka à la mémoire du défunt.

Les chloshim : jusqu’au trentième jour

Les chloshim (« trente ») couvrent les trente jours qui suivent l’enterrement, chiva comprise. Après la chiva, les endeuillés reprennent le travail et sortent de chez eux, mais certaines restrictions demeurent : les hommes ne se rasent pas et ne se coupent pas les cheveux, on ne se marie pas, on ne participe pas aux fêtes ni aux repas de réjouissance. Beaucoup de familles organisent l’étude de la Michna en mémoire du défunt (Michna et néchama, l’âme, s’écrivent avec les mêmes lettres). Pour un conjoint, un frère, une sœur ou un enfant, le deuil prend fin au terme des chloshim.

L’année de deuil pour un père ou une mère

Pour un parent, le deuil dure douze mois à partir du décès : la vie reprend, mais on évite les fêtes, les grands rassemblements et la musique.

Dans la tradition orthodoxe, les fils récitent le kaddish à chaque office pendant onze mois. Pourquoi pas douze ? Selon la tradition, le jugement de l’âme dure au plus douze mois pour les plus grands fautifs ; s’arrêter à onze mois évite de laisser entendre que le parent aurait eu besoin de toute cette durée. Le sens de cette prière est expliqué sur notre page consacrée au kaddish.

La pierre tombale

La pose de la pierre tombale (matseva) donne souvent lieu à une courte cérémonie : psaumes, kaddish et prière El malé rahamim. Le moment varie selon les communautés : beaucoup attendent la fin de l’année, en Israël on la pose généralement après les chloshim, d’autres plus tôt. Elle n’a pas lieu le Chabbat, les jours de fête ni à Hol Hamoed.

L’azkara : le jour anniversaire du décès

Chaque année, on commémore le décès à sa date hébraïque, et non à sa date civile. Les ashkénazes l’appellent yahrzeit ; en hébreu, on parle d’azkara ou de nahala, et les familles séfarades récitent souvent la prière de la hachkava. Ce jour-là, on allume une bougie qui brûle vingt-quatre heures, on récite le kaddish, on se rend parfois au cimetière et l’on offre une étude ou un kiddouch à la mémoire du défunt. Pour retrouver la date hébraïque d’un décès, utilisez notre convertisseur de date hébraïque.

Les autres rites qui jalonnent la vie juive sont présentés dans notre article sur les cérémonies juives.

Sources

Questions fréquentes

Combien de temps dure le deuil dans le judaïsme ?

Sept jours de chiva, puis les chloshim jusqu’au trentième jour après l’enterrement. Pour un conjoint, un frère, une sœur ou un enfant, le deuil s’arrête là ; pour un père ou une mère, il dure douze mois, avec onze mois de kaddish.

Que dire à une famille en deuil juive ?

On attend que l’endeuillé parle en premier, on écoute et l’on évoque le défunt. En partant, les ashkénazes disent « Hamakom yenahem etkhem betokh chear avelei Tsion viYeroushalayim », les séfarades « Min hachamayim tenouhamou », « Que le Ciel vous console ».

Peut-on envoyer des fleurs pour un deuil juif ?

Ce n’est pas la tradition. On apporte plutôt un plat pendant la chiva ou l’on fait un don de tsedaka à la mémoire du défunt ; au cimetière, on dépose une petite pierre sur la tombe.

Pourquoi récite-t-on le kaddish onze mois et non douze ?

Selon la tradition, le jugement de l’âme dure au plus douze mois pour les plus grands fautifs. S’arrêter à onze mois évite de laisser entendre que le parent défunt aurait eu besoin de toute cette durée.

Quand pose-t-on la pierre tombale ?

Souvent à la fin de la première année ; en Israël, généralement après les trente premiers jours. Jamais le Chabbat, un jour de fête ou à Hol Hamoed.

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