La tsedaka (צְדָקָה) est le don aux personnes dans le besoin. Le mot vient de tsédek, la justice : dans le judaïsme, donner n’est pas un geste facultatif de générosité, mais un devoir. La tradition fixe un repère, le maasser, soit 10 % de ses revenus, et Maïmonide a classé les manières de donner en huit degrés.
Justice plutôt que charité
La racine hébraïque צדק (tsédek) signifie justice, droiture ; elle a aussi donné le mot tsaddik, le juste. Dans la Bible, tsedaka désigne le plus souvent la droiture elle-même ; c’est la tradition rabbinique, à l’époque du Talmud, qui en a fait le nom du don aux pauvres.
Cette origine change le regard porté sur le don. Celui qui donne ne fait pas une faveur : il rend à l’autre une part de ce qui lui revient et rétablit un équilibre. C’est pourquoi la tsedaka concerne tout le monde, y compris ceux qui ont peu, et pourquoi elle vise d’abord à rendre l’autre autonome.
Les huit degrés de la tsedaka selon Maïmonide
Dans son Michné Torah (Lois des dons aux pauvres, 10:7-14), Maïmonide classe huit manières de donner, de la plus haute à la plus modeste :
- Rendre l’autre autonome : l’aider avant qu’il ne tombe dans la pauvreté, par un don, un prêt, une association ou un emploi, jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin de personne.
- Donner dans un double anonymat : ni le donateur ni le bénéficiaire ne connaissent l’identité de l’autre, comme avec la caisse discrète du Temple.
- Le donateur connaît le bénéficiaire, pas l’inverse : les sages glissaient l’argent sous la porte des pauvres.
- Le bénéficiaire connaît le donateur, pas l’inverse.
- Donner directement, avant qu’on ne vous le demande.
- Donner après qu’on vous l’a demandé.
- Donner moins qu’il ne faudrait, mais avec bienveillance.
- Donner à contrecœur : c’est le degré le plus bas, mais cela reste un don.
Cette échelle ne dit pas qu’un don imparfait est inutile. Elle montre que la manière compte autant que le montant : préserver la dignité de celui qui reçoit fait partie du devoir.
Combien donner ? Le maasser
La coutume du maasser (« dixième ») consiste à donner 10 % de ses revenus. Le Choulhan Aroukh (Yoré Déa 249) précise les repères : donner un cinquième est une très belle conduite, un dixième est la mesure moyenne, moins d’un dixième est jugé mesquin. Le Talmud recommande aussi de ne pas dépasser un cinquième, pour ne pas se mettre soi-même en difficulté.
La façon de calculer le maasser (revenus bruts ou nets, prise en compte de certaines dépenses) fait l’objet de discussions : demandez conseil à votre rabbin. Celui qui a très peu donne quand même, même une petite somme.
Quand donner la tsedaka ?
- Avant Chabbat : dans beaucoup de familles, on glisse quelques pièces dans la boîte de tsedaka (la pouchké) juste avant l’allumage des bougies. Les enfants prennent très tôt l’habitude d’y participer.
- À Pourim : chacun doit offrir des dons à au moins deux pauvres (matanot laévyonim), en plus des colis de nourriture échangés entre proches.
- Avant Pessah : les communautés collectent pour que chaque famille puisse célébrer la fête.
- Pendant les jours redoutables : la prière de Roch Hachana et de Kippour rappelle que le repentir, la prière et la tsedaka adoucissent la sévérité du jugement.
- Lors des grands moments de la vie : mariages, naissances, Bar et Bat Mitzvah, mais aussi en mémoire d’un défunt, pendant le deuil ou le jour anniversaire du décès.
Un projet de tsedaka pour la Bar ou la Bat Mitzvah
La Bar Mitzvah marque le moment où le jeune devient responsable des commandements. Beaucoup de familles en font l’occasion d’un premier engagement personnel envers les autres : un projet de mitsva qu’il ou elle choisit et porte, parfois pendant plusieurs mois.
Quelques idées concrètes :
- reverser une part des cadeaux reçus à une association choisie par l’enfant ;
- organiser une collecte de vêtements, de jouets ou de denrées dans son école ou sa synagogue ;
- donner de son temps : aide aux devoirs, visites à des personnes âgées, distribution de repas avant les fêtes ;
- parler du projet dans son discours, pour expliquer ce qui l’a motivé ;
- mentionner la cause soutenue dans le texte du faire-part, pour les invités qui souhaitent y contribuer.
Pour la Bat Mitzvah, notre article sur le cadeau de Bat Mitzvah propose aussi des idées qui ont du sens. Et si vous vous demandez quel montant offrir en tant qu’invité, lisez combien donner pour une Bar Mitzvah. Le projet de mitsva prolonge aussi naturellement l’éducation juive qui précède la Bar Mitzvah.
Si vous préparez l’invitation, nous pouvons intégrer ce message à votre faire-part de Bar Mitzvah ou à votre faire-part de Bat Mitzvah.
La tsedaka au quotidien
Une boîte de tsedaka dans la cuisine, un don fixe chaque mois, quelques pièces avant Chabbat : la tradition privilégie la régularité au geste spectaculaire. Maïmonide conseille d’ailleurs de donner souvent de petites sommes plutôt qu’une seule fois une somme importante, pour que la générosité devienne une habitude.
Sources
- Tsedaka — Wikipédia
- Maïmonide, Michné Torah, Dons aux pauvres 10:7 (les huit degrés de la tsedaka) — Sefaria
Questions fréquentes
Que signifie le mot tsedaka ?
Tsedaka vient de l’hébreu tsédek, la justice. Le mot désigne le don aux personnes dans le besoin, compris non comme une générosité facultative mais comme un devoir de justice envers les autres.
Quels sont les huit degrés de la tsedaka selon Maïmonide ?
Du plus haut au plus bas : rendre l’autre autonome, donner dans un double anonymat, donner sans que le bénéficiaire vous connaisse, donner sans connaître le bénéficiaire, donner avant qu’on vous le demande, après qu’on vous l’a demandé, moins qu’il ne faudrait mais avec bienveillance, et enfin à contrecœur.
Qu’est-ce que le maasser ?
C’est la coutume de donner 10 % de ses revenus à la tsedaka. Le Choulhan Aroukh considère le dixième comme la mesure moyenne et le cinquième comme une très belle conduite. Les modalités de calcul se discutent avec son rabbin.
Pourquoi donne-t-on la tsedaka avant Chabbat ?
C’est une coutume très répandue : avant d’allumer les bougies, on glisse quelques pièces dans la boîte de tsedaka de la maison. Le geste ouvre Chabbat par une mitsva et apprend aux enfants à donner régulièrement.
Comment associer la tsedaka à une Bar Mitzvah ?
Le jeune peut choisir une cause, y reverser une partie de ses cadeaux, organiser une collecte ou donner de son temps. Il peut en parler dans son discours, et la famille peut mentionner la cause sur le faire-part.

