Le Kaddish est une prière en araméen qui proclame la grandeur et la sainteté du Nom de Dieu. Sous sa forme de « Kaddish des endeuillés » (Kaddish Yatom), il est récité par les proches d'un défunt pendant onze mois après le décès d'un parent, puis chaque année à la date anniversaire. Il ne peut être dit qu'en présence d'un minyan, un quorum de dix hommes. Voici son texte, sa phonétique, sa traduction et sa signification.
Que signifie le Kaddish ?
« Kaddish » vient de la racine hébraïque qui signifie « saint ». Le texte est rédigé presque entièrement en araméen, la langue que parlait la majorité des Juifs à l'époque du Talmud. Ses premiers mots font écho à un verset d'Ézéchiel : « Ainsi je me montrerai grand et saint » (Ézéchiel 38, 23). Sa phrase centrale, « Yehé chemé raba mevarakh », « Que Son grand Nom soit béni », est très proche d'un verset du livre de Daniel (Daniel 2, 20).
Le Kaddish ne parle ni de la mort ni du défunt. C'est une louange. En la prononçant au moment où il est éprouvé, l'endeuillé affirme sa foi et sanctifie le Nom de Dieu devant la communauté, qui lui répond. La tradition y voit un grand mérite pour l'âme du défunt.
Texte du Kaddish Yatom (rite séfarade)
Le texte ci-dessous suit le rite séfarade, le plus répandu en France ; les différences du rite ashkénaze sont indiquées ensuite. Entre crochets figurent les réponses de l'assemblée.
יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמֵהּ רַבָּא. [אָמֵן] בְּעָלְמָא דִּי בְרָא כִרְעוּתֵהּ, וְיַמְלִיךְ מַלְכוּתֵהּ, וְיַצְמַח פֻּרְקָנֵהּ, וִיקָרֵב מְשִׁיחֵהּ. [אָמֵן] בְּחַיֵּיכוֹן וּבְיוֹמֵיכוֹן וּבְחַיֵּי דְכָל בֵּית יִשְׂרָאֵל, בַּעֲגָלָא וּבִזְמַן קָרִיב, וְאִמְרוּ אָמֵן. [אָמֵן]
Yitgadal véyitkadach chemé raba. [Amen] Béalma di vera khirouté, véyamlikh malkhouté, véyatsma'h pourkané, vikarèv mechi'hé. [Amen] Bé'hayékhone ouvéyomékhone ouvé'hayé dekhol bét Israël, baagala ouvizmane kariv, véimrou amen. [Amen]
« Que Son grand Nom soit exalté et sanctifié, dans le monde qu'Il a créé selon Sa volonté. Qu'Il établisse Son règne, qu'Il fasse germer Sa délivrance et hâte la venue de Son messie, de votre vivant et de vos jours, et du vivant de toute la maison d'Israël, rapidement et dans un temps proche. Et dites : Amen. »
[יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ לְעָלַם וּלְעָלְמֵי עָלְמַיָּא.] יִתְבָּרַךְ וְיִשְׁתַּבַּח וְיִתְפָּאַר וְיִתְרוֹמַם וְיִתְנַשֵּׂא וְיִתְהַדָּר וְיִתְעַלֶּה וְיִתְהַלָּל שְׁמֵהּ דְּקֻדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא. [אָמֵן] לְעֵלָּא מִן כָּל בִּרְכָתָא שִׁירָתָא, תֻּשְׁבְּחָתָא וְנֶחֱמָתָא, דַּאֲמִירָן בְּעָלְמָא, וְאִמְרוּ אָמֵן. [אָמֵן]
[Yehé chemé raba mevarakh léalam oulealmé almaya.] Yitbarakh véyichtaba'h véyitpaar véyitromam véyitnassé véyithadar véyitalé véyithalal chemé dekoudcha berikh hou. [Amen] Léèla mine kol birkhata chirata, touchbe'hata véné'hémata, daamirane béalma, véimrou amen. [Amen]
« Que Son grand Nom soit béni à jamais et pour l'éternité des éternités. Que soit béni, loué, glorifié, exalté, élevé, honoré, magnifié et célébré le Nom du Saint, béni soit-Il, au-delà de toutes les bénédictions, cantiques, louanges et paroles de consolation prononcées dans le monde. Et dites : Amen. »
יְהֵא שְׁלָמָא רַבָּא מִן שְׁמַיָּא, חַיִּים וְשָׂבָע וִישׁוּעָה וְנֶחָמָה, וְשֵׁיזָבָא וּרְפוּאָה וּגְאוּלָה וּסְלִיחָה וְכַפָּרָה וְרֶוַח וְהַצָּלָה, לָנוּ וּלְכָל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן. [אָמֵן]
Yehé chelama raba mine chemaya, 'haïm véssava vichoua véné'hama, véchézava ourefoua ougueoula ousseli'ha vekhapara véréva'h véhatsala, lanou oulekhol amo Israël, véimrou amen. [Amen]
« Qu'une paix abondante descende du ciel, avec la vie, la satiété, le salut, la consolation, la délivrance, la guérison, la rédemption, le pardon, l'expiation, le soulagement et le secours, pour nous et pour tout Son peuple Israël. Et dites : Amen. »
עוֹשֶׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו, הוּא בְּרַחֲמָיו יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל כָּל עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן. [אָמֵן]
Ossé chalom bimromav, hou béra'hamav yaassé chalom alénou véal kol amo Israël, véimrou amen. [Amen]
« Que Celui qui fait régner la paix dans Ses hauteurs fasse, dans Sa miséricorde, régner la paix sur nous et sur tout Son peuple Israël. Et dites : Amen. »
Les différences dans le rite ashkénaze
- On ne dit pas « véyatsma'h pourkané vikarèv mechi'hé ».
- L'avant-dernière phrase est plus courte : יְהֵא שְׁלָמָא רַבָּא מִן שְׁמַיָּא וְחַיִּים עָלֵינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן (Yehé chelama raba mine chemaya vé'haïm alénou véal kol Israël, véimrou amen), « Qu'une paix abondante descende du ciel, et la vie, sur nous et sur tout Israël ».
- La dernière phrase se dit sans « béra'hamav » ni « amo » : עוֹשֶׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו הוּא יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם עָלֵינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן (Ossé chalom bimromav, hou yaassé chalom alénou véal kol Israël, véimrou amen).
- On dit « véchirata » (avec « et ») après « birkhata ».
- Entre Roch Hachana et Yom Kippour, on dit « léèla léèla mikol » et « Ossé hachalom ».
Le rite 'Habad suit sa propre version, proche de la version séfarade pour certains passages. Dans tous les cas, le plus sûr est de réciter le texte du livre de prières utilisé dans la synagogue où vous dites le Kaddish.
Qui récite le Kaddish, et pendant combien de temps ?
Le Kaddish des endeuillés est traditionnellement récité par le fils du défunt, à chacun des trois offices quotidiens. Pour un père ou une mère, on le dit pendant onze mois à compter du décès, et non douze : selon l'explication traditionnelle, on évite ainsi de laisser entendre que le parent aurait eu besoin de toute l'année de jugement. On le récite ensuite chaque année à la date anniversaire hébraïque du décès (azkara, ou « yahrzeit »), que notre convertisseur de date hébraïque permet de retrouver.
Pour un conjoint, un frère, une sœur ou un enfant, le Choul'han Aroukh indique que le Kaddish n'est récité que pendant trente jours. Lorsqu'il n'y a pas de fils pour le dire, la famille peut demander à une autre personne, souvent un homme de la communauté, de le réciter pour l'élévation de l'âme du défunt durant l'année. Dans certaines communautés, des filles ou des épouses récitent aussi le Kaddish : renseignez-vous auprès du rabbin de votre synagogue.
Les étapes du deuil, de l'enterrement aux trente jours et à l'année, sont détaillées dans notre page sur le deuil juif.
Pourquoi faut-il un minyan ?
Le Kaddish est une « parole de sainteté » : il sanctifie le Nom de Dieu en public, et suppose donc une assemblée qui répond. Il ne se récite qu'en présence d'un minyan, c'est-à-dire dix hommes ayant atteint l'âge de la majorité religieuse, soit 13 ans pour un garçon, l'âge de sa Bar Mitzvah. Sans minyan, l'endeuillé ne dit pas le Kaddish ; il peut en revanche prier et étudier en mémoire du défunt.
La réponse de l'assemblée est au cœur de la prière. Le « Yehé chemé raba… » se prononce avec concentration, et chaque « Amen » confirme la louange de celui qui récite. Le Kaddish revient à plusieurs moments de l'office, y compris lors de la prière du soir (Arvit).
Les différentes formes du Kaddish
Le Kaddish des endeuillés n'est qu'une des formes de cette prière. Dans l'office, on rencontre :
- le demi-Kaddish (Hatsi Kaddish), dit par l'officiant pour séparer les parties de la prière ;
- le Kaddish complet (Kaddish Titkabal), dit par l'officiant après la Amida, avec une demande pour que les prières soient agréées ;
- le Kaddish des endeuillés (Kaddish Yatom), présenté ci-dessus ;
- le Kaddish des rabbins (Kaddish deRabbanan), dit après une étude de textes rabbiniques, avec un paragraphe pour les maîtres et leurs élèves ;
- le Kaddish de l'inhumation, récité par les proches au cimetière, avec un texte propre.
Comment réciter le Kaddish
La première fois, prononcer le Kaddish devant une assemblée peut impressionner. Il est utile d'avoir sous les yeux le texte en phonétique, de le lire lentement et de marquer une pause pour laisser l'assemblée répondre. Si plusieurs endeuillés sont présents, ils le disent souvent ensemble, au même rythme. À la dernière phrase, « Ossé chalom », l'usage est de reculer de trois pas et de s'incliner, comme à la fin de la Amida.
Beaucoup de familles accompagnent aussi l'année de deuil par des actes en mémoire du défunt : étude d'un texte, don de tsedaka à la date anniversaire ou soutien à une institution qui lui était chère. Le rabbin de votre communauté peut vous guider dans ces démarches.
Sources
Questions fréquentes
Combien de temps récite-t-on le Kaddish pour un parent ?
Pour un père ou une mère, le Kaddish des endeuillés est récité pendant onze mois à compter du décès, à chacun des offices quotidiens. Il est ensuite dit chaque année à la date anniversaire hébraïque du décès.
Peut-on dire le Kaddish sans minyan ?
Non. Le Kaddish ne se récite qu'en présence de dix hommes ayant atteint la majorité religieuse, car il sanctifie le Nom de Dieu en public et appelle les réponses de l'assemblée. Seul, on peut prier et étudier en mémoire du défunt.
Qui dit le Kaddish s'il n'y a pas de fils ?
La famille peut demander à un autre proche ou à un membre de la communauté de le réciter pendant l'année. Certaines synagogues et institutions proposent de prendre en charge cette récitation. Les usages concernant les femmes varient selon les communautés : le rabbin pourra vous conseiller.
Pourquoi le Kaddish est-il en araméen ?
Le Kaddish est rédigé en araméen, la langue parlée par la majorité des Juifs à l'époque du Talmud. On explique souvent ce choix par la volonté que chacun, dans l'assemblée, comprenne la prière et puisse y répondre.

