Torah

Prière juive du soir : Chema au coucher (Kriat Chema al hamita)

Par Nathan LEVY · Publié le 21 juin 2026 · 8 min de lecture

Chambre d'enfant le soir avec lampe de chevet et livre de prières

La prière juive du soir comporte deux moments distincts : Arvit, l'office du soir récité après la tombée de la nuit, et la Kriat Chema al hamita, le « Chema du coucher », dit au lit juste avant de s'endormir. Ce dernier comprend au minimum le Chema Israël et la bénédiction Hamapil, qui confie son sommeil à Dieu. Voici ces textes en hébreu, en phonétique et en français, et la place de chacun dans la soirée.

Arvit ou Chema du coucher : quelle différence ?

Arvit (ou Maariv) est l'une des trois prières quotidiennes, avec Cha'harit le matin et Min'ha l'après-midi. On la récite après la tombée de la nuit, de préférence à la synagogue avec un minyan. Elle contient le Chema entouré de ses bénédictions, puis la Amida. L'idéal est de lire ce Chema avant le milieu de la nuit, et au plus tard avant l'aube.

La Kriat Chema al hamita est une lecture personnelle, faite chez soi au moment de se coucher. Le Talmud (Berakhot 4b) rapporte l'enseignement de Rabbi Yehochoua ben Lévi : même si l'on a déjà dit le Chema à la synagogue, c'est une mitsva de le redire sur son lit, en application du verset « quand tu te coucheras ». Le texte de la bénédiction Hamapil figure lui aussi dans le Talmud (Berakhot 60b).

Un cas pratique : dans certaines communautés, on prie Arvit tôt, avant la nuit. On veille alors à dire les trois paragraphes du Chema après la tombée de la nuit, ce que l'on fait souvent au moment du coucher. Pour le texte complet du Chema en phonétique, voir notre page Chema Israël en phonétique.

Les textes principaux du Chema au coucher

Les passages ci-dessous sont ceux que l'on dit en priorité ; le Nom divin est écrit sous sa forme abrégée, comme dans de nombreux livres de prières.

La bénédiction Hamapil

בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, הַמַּפִּיל חֶבְלֵי שֵׁנָה עַל עֵינָי וּתְנוּמָה עַל עַפְעַפָּי. וִיהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ יְיָ אֱלֹהַי וֵאלֹהֵי אֲבוֹתַי, שֶׁתַּשְׁכִּיבֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַעֲמִידֵנִי לְשָׁלוֹם, וְאַל יְבַהֲלוּנִי רַעְיוֹנַי וַחֲלוֹמוֹת רָעִים וְהַרְהוֹרִים רָעִים, וּתְהֵא מִטָּתִי שְׁלֵמָה לְפָנֶיךָ, וְהָאֵר עֵינַי פֶּן אִישַׁן הַמָּוֶת, כִּי אַתָּה הַמֵּאִיר לְאִישׁוֹן בַּת עָיִן. בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, הַמֵּאִיר לָעוֹלָם כֻּלּוֹ בִּכְבוֹדוֹ:

Baroukh ata Ado-naï, Élo-hénou mélekh haolam, hamapil 'hevlé chéna al énaï outenouma al afapaï. Vihi ratsone milefanékha, Ado-naï Élo-haï vélo-hé avotaï, chétachkivéni lechalom vétaamidéni lechalom, véal yevahalouni raayonaï va'halomot raïm véhirhourim raïm, outehé mitati chelema lefanékha, véhaèr énaï pén ichane hamavèt, ki ata hamé-ir léichone bat ayin. Baroukh ata Ado-naï, hamé-ir laolam koulo bikhvodo.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui fais tomber les liens du sommeil sur mes yeux et l'assoupissement sur mes paupières. Qu'il Te plaise, Éternel mon Dieu et Dieu de mes pères, de me coucher en paix et de me relever en paix. Que mes pensées ne me troublent pas, ni les mauvais rêves ni les mauvaises pensées ; que ma couche soit intègre devant Toi. Éclaire mes yeux, de peur que je ne m'endorme du sommeil de la mort, car c'est Toi qui éclaires la pupille de l'œil. Béni sois-Tu, Éternel, qui éclaires le monde entier de Sa gloire. »

Certains livres de prières séfarades (rite Edot haMizra'h) indiquent de ne pas prononcer le Nom divin ni la mention de la royauté dans cette bénédiction : on dit « Baroukh… hamapil » en pensant ces mots dans son cœur. Les usages varient d'une communauté à l'autre ; suivez celui de votre synagogue.

Le Chema Israël

שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יְיָ אֱלֹהֵינוּ יְיָ אֶחָד:

(בלחש:) בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד:

Chema Israël, Ado-naï Élo-hénou, Ado-naï É'had. (À voix basse) Baroukh chem kevod malkhouto léolam vaèd.

« Écoute, Israël : l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est un ! » (Deutéronome 6, 4, traduction du Rabbinat) « Béni soit le nom de la gloire de Son règne, pour toujours et à jamais. » On couvre traditionnellement ses yeux avec la main droite pendant le premier verset. Dans le rite ashkénaze, lorsque l'on récite le Chema seul, on le fait précéder des mots El mélekh neèman, « Dieu, Roi fidèle ».

Véahavta (premier paragraphe)

וְאָהַבְתָּ אֵת יְיָ אֱלֹהֶיךָ בְּכָל־לְבָבְךָ וּבְכָל־נַפְשְׁךָ וּבְכָל־מְאֹדֶךָ: וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם עַל־לְבָבֶךָ: וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ וְדִבַּרְתָּ בָּם בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ: וּקְשַׁרְתָּם לְאוֹת עַל־יָדֶךָ וְהָיוּ לְטֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ: וּכְתַבְתָּם עַל־מְזֻזוֹת בֵּיתֶךָ וּבִשְׁעָרֶיךָ:

Véahavta èt Ado-naï Élo-hékha bekhol levavekha ouvkhol nafchekha ouvkhol meodékha. Véhayou hadevarim haélé achèr anokhi metsavekha hayom al levavékha. Véchinantam levanékha védibarta bam, bechivtekha bevétékha ouvlekhtekha vadérekh, ouvchokhbekha ouvkoumékha. Oukchartam léot al yadékha, véhayou létotafot bén énékha. Oukhtavtam al mezouzot bétékha ouvicharékha.

« Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Ces devoirs que je t'impose aujourd'hui seront gravés dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants et tu t'en entretiendras, soit dans ta maison, soit en voyage, en te couchant et en te levant. Tu les attacheras, comme symbole, sur ton bras, et les porteras en fronteau entre tes yeux. Tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. » (Deutéronome 6, 5-9, traduction du Rabbinat)

Ce paragraphe est aussi celui que l'on trouve dans les téfilines et dans la mezouza fixée aux portes de la maison. On poursuit avec les deux autres paragraphes du Chema, comme le matin.

Hamalakh hagoël, la bénédiction de Jacob

הַמַּלְאָךְ הַגֹּאֵל אֹתִי מִכָּל־רָע יְבָרֵךְ אֶת־הַנְּעָרִים וְיִקָּרֵא בָהֶם שְׁמִי וְשֵׁם אֲבֹתַי אַבְרָהָם וְיִצְחָק וְיִדְגּוּ לָרֹב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ:

Hamalakh hagoël oti mikol ra yevarekh èt hanearim, véyikaré vahem chemi véchem avotaï Avraham véYits'hak, véyidgou larov békérev haarets.

« Que l'ange qui m'a délivré de tout mal bénisse ces jeunes gens ! Puisse-t-il perpétuer mon nom et le nom de mes pères Abraham et Isaac ! Puisse-t-il multiplier à l'infini au milieu de la contrée ! » (Genèse 48, 16, traduction du Rabbinat) Ce verset, prononcé par Jacob pour bénir ses petits-fils, est souvent le premier que les enfants apprennent pour le coucher.

Béyadekha afkid rou'hi

בְּיָדְךָ אַפְקִיד רוּחִי פָּדִיתָ אוֹתִי יְיָ אֵל אֱמֶת:

Béyadekha afkid rou'hi, padita oti Ado-naï El émèt.

« En ta main je confie mon esprit, tu me délivres, Éternel, Dieu de vérité. » (Psaumes 31, 6, traduction du Rabbinat) Le Talmud (Berakhot 5a) cite ce verset comme le minimum que doit dire, avant de dormir, même celui qui étudie la Torah jusqu'au coucher.

L'ordre complet du Chema au coucher

Le livre de prières propose une séquence plus longue, dont l'ordre varie légèrement selon les rites. On y trouve généralement :

  • une prière de pardon (« Ribono chel olam, haréni mo'hel… »), par laquelle on pardonne à ceux qui nous ont blessés dans la journée ;
  • la bénédiction Hamapil ;
  • les trois paragraphes du Chema ;
  • le Psaume 91 (« Yochev bessèter elyone »), précédé dans le rite ashkénaze du verset « Vihi noam » ;
  • des versets de protection, dont Hamalakh hagoël et la bénédiction des Cohanim (« Yevarekhekha ») ;
  • dans le rite ashkénaze, le Psaume 3, « Hachkivénou » et le chant « Adon olam ».

L'usage est de réciter Hamapil au plus près de l'endormissement et d'éviter ensuite de parler ou de manger. Le matin, la journée s'ouvre de façon symétrique par Modé ani et les Berakhot du matin, dont l'une remercie Dieu de « faire passer les liens du sommeil », en écho à Hamapil.

Le Chema du coucher avec les enfants

Dans beaucoup de familles, le Chema du soir est le premier contact des enfants avec la prière. On commence avec le premier verset et « Baroukh chem », puis on ajoute Hamalakh hagoël, Véahavta, et enfin la bénédiction Hamapil à mesure que l'enfant grandit. Ce rituel quotidien, répété à voix douce près du lit, installe des mots que l'enfant retrouvera plus tard à la synagogue.

C'est aussi une préparation naturelle à la majorité religieuse : à 13 ans, le garçon devient lui-même tenu de réciter le Chema matin et soir. Pour la suite, voyez notre article sur l'éducation juive avant la Bar Mitzvah et la page qui réunit les prières de la Bar Mitzvah. Pour les repas de la journée, notre page sur les bénédictions avant de manger complète cet apprentissage.

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Sources

Questions fréquentes

Faut-il dire tout le Chema au coucher ?

Le cœur du rituel est le premier paragraphe du Chema et la bénédiction Hamapil. Le livre de prières propose une séquence plus longue, avec les trois paragraphes et des psaumes. Le Talmud cite le verset « Béyadekha afkid rou'hi » comme le minimum pour celui qui a étudié la Torah jusqu'au coucher.

Le Chema du coucher remplace-t-il Arvit ?

Non. Arvit est un office à part entière, avec la Amida, que l'on récite de préférence à la synagogue. Le Chema du coucher est une lecture personnelle qui s'y ajoute. Il permet toutefois de redire le Chema après la tombée de la nuit lorsque l'on a prié Arvit tôt.

Peut-on réciter Hamapil puis rester éveillé ?

L'usage est de dire Hamapil en dernier, au moment de s'endormir, et de ne plus parler ensuite. Si l'on n'arrive pas à dormir, il n'y a pas lieu de répéter la bénédiction.

À partir de quel âge apprendre le Chema à un enfant ?

Dès qu'il sait parler, un enfant peut répéter le premier verset du Chema avec ses parents. On enrichit ensuite progressivement la prière du soir, pour qu'il la connaisse bien avant sa Bar Mitzvah ou sa Bat Mitzvah.

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