La paracha Devarim (דְּבָרִים, « paroles ») est la 44e paracha du cycle annuel et la première du Deutéronome (Devarim 1:1-3:22). Moïse, au seuil de la Terre promise, commence son grand discours d'adieu en rappelant au peuple quarante ans d'histoire, de l'épisode des explorateurs aux victoires sur Si'hon et Og.
On l'écrit aussi Dvarim, D'varim ou Debarim. Elle suit la paracha Massé, qui clôt le livre des Nombres, et précède la paracha Vaét'hanane. Elle est toujours lue le Chabbat qui précède le jeûne de Ticha BeAv, appelé Chabbat 'Hazon d'après le premier mot de sa haftara. Voici son résumé détaillé, ses grands thèmes, sa haftara et un guide complet pour une Bar Mitzvah sur la paracha Devarim.
אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר מֹשֶׁה אֶל־כָּל־יִשְׂרָאֵל בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן בַּמִּדְבָּר בָּעֲרָבָה מוֹל סוּף בֵּין־פָּארָן וּבֵין־תֹּפֶל וְלָבָן וַחֲצֵרֹת וְדִי זָהָב׃
« Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël, de l'autre côté du Jourdain… » (Deutéronome 1:1)
Paracha Devarim : le résumé
La paracha Devarim compte 105 versets. Le Deutéronome est presque entièrement un discours à la première personne : Moïse parle au peuple dans les plaines de Moav, le 1er du onzième mois (Chevat) de la quarantième année, peu avant sa mort. Voici le contenu de chaque montée.
1re montée (Deutéronome 1:1-10) : « Assez séjourné près de cette montagne »
Le texte situe le discours « de l'autre côté du Jourdain » et énumère des noms de lieux du désert. Moïse prend la parole après la victoire sur Si'hon, roi des Amorites, et sur Og, roi du Bachan. Il rappelle l'ordre reçu au 'Horev (le Sinaï) : « Vous avez assez séjourné près de cette montagne », partez vers le pays promis à Abraham, Isaac et Jacob. Il se souvient aussi d'avoir dit : « Je ne puis vous porter seul », car le peuple est devenu aussi nombreux que les étoiles du ciel.
2e montée (Deutéronome 1:11-21) : la nomination des juges
Moïse bénit le peuple (« que Dieu vous multiplie mille fois plus ») puis s'exclame : « Comment [Eikha] porterais-je seul votre fardeau, votre charge et vos querelles ? » Il fait désigner des hommes sages et expérimentés, chefs de mille, de cent, de cinquante et de dix. Il donne aux juges des consignes claires : écouter le petit comme le grand, ne craindre personne, « car le jugement appartient à Dieu », et lui soumettre les cas trop difficiles. Puis le peuple traverse « ce grand et redoutable désert » jusqu'à Kadech-Barnéa, où Moïse lui dit : « Monte, prends possession, ne crains pas. »
3e montée (Deutéronome 1:22-38) : les explorateurs
Le peuple demande d'envoyer des hommes reconnaître le pays. Douze explorateurs, un par tribu, vont jusqu'à la vallée d'Echkol et rapportent des fruits : « Le pays est bon. » Mais le peuple refuse de monter, murmure dans ses tentes et croit que Dieu le hait. Moïse rappelle que Dieu les a portés dans le désert « comme un homme porte son fils ». Dieu jure qu'aucun homme de cette génération ne verra le bon pays, sauf Calev, fils de Yefouné. Moïse lui-même n'y entrera pas ; c'est Josué, fils de Noun, qui conduira le peuple.
4e montée (Deutéronome 1:39-2:1) : la défaite de 'Horma
Les enfants, dont les parents craignaient qu'ils deviennent une proie, hériteront du pays. Les adultes, regrettant trop tard, décident de monter combattre malgré l'interdiction divine : les Amorites les poursuivent « comme font les abeilles » et les écrasent jusqu'à 'Horma. Le peuple pleure, reste longtemps à Kadech puis repart vers le désert, contournant longuement la montagne de Séir.
5e montée (Deutéronome 2:2-30) : respecter Edom, Moav et Ammon
Dieu ordonne de remonter vers le nord. Israël doit traverser le territoire des descendants d'Esaü sans les provoquer et payer sa nourriture et son eau. Il ne doit pas non plus attaquer Moav ni Ammon, dont les terres leur ont été données. Le texte décrit les anciens peuples géants de ces régions (Emim, Zamzoumim, Rephaïm). Trente-huit ans s'écoulent entre Kadech-Barnéa et le passage du torrent de Zéred : toute la génération des guerriers a disparu. Israël franchit l'Arnon et envoie des messagers de paix à Si'hon, roi de 'Hechbon, pour demander le passage ; Si'hon refuse.
6e montée (Deutéronome 2:31-3:14) : les victoires sur Si'hon et Og
Si'hon sort combattre à Ya'hats et il est vaincu. Israël prend toutes ses villes, d'Aroër jusqu'au Guil'ad. Og, roi du Bachan, attaque à son tour à Edréi : Dieu dit à Moïse « Ne le crains pas », et les soixante villes fortifiées de la région d'Argov sont conquises. Og était le dernier des Rephaïm ; son lit de fer mesurait neuf coudées de long. Moïse attribue ces terres à Reouven et à Gad, et Yaïr, fils de Ménaché, reçoit la région d'Argov.
7e montée (Deutéronome 3:15-22) : la parole donnée à Josué
Makhir reçoit le Guil'ad. Moïse rappelle l'engagement des tribus de Reouven, de Gad et de la demi-tribu de Ménaché : leurs familles et leurs troupeaux resteront à l'est du Jourdain, mais leurs hommes armés marcheront en tête de leurs frères jusqu'à ce que tous aient reçu leur part. Enfin, Moïse encourage Josué : ce que Dieu a fait aux deux rois, Il le fera à tous les royaumes. « Ne les craignez pas, car c'est l'Éternel votre Dieu qui combat pour vous. »
Les grands thèmes et les mitsvot de Devarim
Selon le Séfer Ha'Hinoukh, la paracha Devarim contient 2 mitsvot (n° 414 et 415), toutes deux liées à la justice : ne pas nommer un juge qui ne connaît pas les lois de la Torah, et, pour le juge, ne pas avoir peur en rendant son jugement.
Une réprimande pleine de délicatesse
Le premier verset mentionne des lieux étranges (Tofel, Lavan, 'Hatserot, Di-Zahav). Rachi explique que ce sont des allusions aux fautes du peuple : Moïse ne les nomme pas ouvertement « par égard pour Israël », mais par le nom des lieux où elles ont été commises. Il ajoute que Moïse a réuni tout le peuple, afin que personne ne puisse dire ensuite : « Si j'avais été là, je lui aurais répondu. » Une leçon sur la manière de faire un reproche : avec respect, en face, et en laissant à l'autre le droit de répondre.
« Eikha » : trois prophètes, un même cri
Le mot « Eikha » (« comment ») du verset 1:12 est chanté dans de nombreuses communautés sur l'air des Lamentations. Le Midrach Eikha Rabba (1:1) rapproche trois prophètes qui ont employé ce mot : Moïse (« Comment porterais-je seul… »), Isaïe dans la haftara de ce Chabbat (« Comment la cité fidèle est-elle devenue… ») et Jérémie au début du livre des Lamentations, lu à Ticha BeAv. La paracha prépare ainsi le jour de deuil qui suit.
Juger avec justice
Les consignes données aux juges (écouter le petit comme le grand, ne craindre personne) traversent toute la paracha et se retrouvent dans la haftara, où Isaïe dénonce des dirigeants qui « ne rendent pas justice à l'orphelin » et promet : « Je rétablirai tes juges comme autrefois. »
La foi et la peur
L'échec des explorateurs vient de la peur ; la paracha se termine au contraire sur l'appel de Moïse à Josué : « Ne les craignez pas. » Entre les deux, une génération a passé quarante ans dans le désert. Le Deutéronome s'ouvre ainsi sur une question qui concerne chacun : qu'est-ce qui nous empêche d'avancer ?
La haftara de Devarim
La haftara de Devarim est Isaïe 1:1-27, dans les rites ashkénaze et séfarade. Elle commence par « 'Hazon Yecha'yahou » (« Vision d'Isaïe »), d'où le nom de Chabbat 'Hazon. C'est la troisième et dernière des haftarot de réprimande lues entre le 17 Tamouz et Ticha BeAv.
| Rite | Référence de la haftara |
|---|---|
| Ashkénaze | Isaïe 1:1-27 |
| Séfarade | Isaïe 1:1-27 (identique) |
Isaïe ouvre par un appel au ciel et à la terre : « J'ai élevé des enfants, et ils se sont révoltés contre Moi. Le bœuf connaît son maître, Israël ne connaît pas. » Il décrit un pays dévasté, refuse les sacrifices offerts par des mains injustes et appelle à changer : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, défendez l'orphelin, plaidez pour la veuve. » Il promet que les fautes, même « rouges comme l'écarlate », peuvent devenir blanches comme la neige. La haftara se termine sur l'espérance : « Sion sera rachetée par la justice. » Dans de nombreuses communautés, une partie est chantée sur l'air des Lamentations. Les usages varient selon les communautés (rite marocain, yéménite, Chabad…) : confirmez auprès de votre synagogue. Pour en savoir plus, lisez la haftara, c'est quoi ?
Faire sa Bar Mitzvah sur la paracha Devarim
En diaspora, la paracha Devarim est lue le samedi 7 août 2027, le samedi 29 juillet 2028 et le samedi 21 juillet 2029. Elle n'est jamais jumelée avec une autre paracha et tombe toujours le Chabbat 'Hazon, juste avant Ticha BeAv, en pleine période des Neuf Jours. Concrètement, la cérémonie à la synagogue a lieu normalement, mais les usages de deuil (musique, viande, fête) limitent la réception, plus ou moins selon le rite de la famille. Lorsque le 9 Av tombe ce Chabbat-là, le jeûne est repoussé au dimanche. Dans certaines communautés, la haftara 'Hazon est confiée au rabbin ou à un lecteur expérimenté : posez la question très tôt. Notre article Bar Mitzvah pendant Ticha BeAv et notre page sur le jeûne de Ticha BeAv vous aideront à organiser la fête.
Le plus souvent, le Bar Mitzvah lit le Maftir (Deutéronome 3:20-22) puis la haftara d'Isaïe. Certains lisent plusieurs montées ou la paracha entière.
| Partie | Référence | Versets |
|---|---|---|
| 1re montée | Deutéronome 1:1-10 | 10 |
| 2e montée | Deutéronome 1:11-21 | 11 |
| 3e montée | Deutéronome 1:22-38 | 17 |
| 4e montée | Deutéronome 1:39-2:1 | 9 |
| 5e montée | Deutéronome 2:2-30 | 29 |
| 6e montée | Deutéronome 2:31-3:14 | 21 |
| 7e montée | Deutéronome 3:15-22 | 8 |
| Maftir | Deutéronome 3:20-22 | 3 |
Difficulté et durée de préparation. Le Maftir ne compte que 3 versets, dont le célèbre « Ne les craignez pas ». La haftara (27 versets) est plus exigeante : un hébreu poétique, souvent chanté sur une mélodie particulière qu'il faut apprendre avec le rav. Pour Maftir et haftara, prévoyez 6 à 9 mois ; pour la paracha complète (105 versets, riche en noms propres), comptez environ un an. Pour vérifier que la Bar Mitzvah de votre fils tombe bien sur Devarim, consultez quelle paracha pour ma Bar Mitzvah et le calendrier des parachiot.

Idées de dvar Torah pour un discours de Bar Mitzvah
Voici trois pistes tirées de la paracha Devarim, à personnaliser. Pour la structure du texte, suivez nos conseils pour écrire un discours de Bar Mitzvah mémorable.
- « Vous avez assez tourné autour de cette montagne ». Dieu dit au peuple qu'il est temps de partir. Le garçon peut parler de ce moment où l'on quitte l'enfance : les habitudes rassurantes, puis l'élan vers de nouvelles responsabilités (mettre les téfilines, compter dans le minyan, tenir ses engagements).
- Comment faire une remarque à quelqu'un. Selon Rachi, Moïse critique le peuple par de simples allusions, par respect. Le jeune homme peut en tirer une règle pour la vie de tous les jours, en classe ou en famille : dire les choses, mais sans humilier.
- « Ne les craignez pas ». Le Maftir est un message de courage adressé à Josué, le successeur. Le Bar Mitzvah peut évoquer sa propre peur avant de lire devant toute la synagogue, et ceux qui lui ont donné confiance, comme Moïse l'a fait pour Josué.
Préparer la paracha Devarim avec l'application Ma Paracha
Avec Ma Paracha, vous trouvez en 10 secondes, gratuitement, la paracha, le Maftir et la haftara de votre fils, selon le rite séfarade ou ashkénaze, Chabbatot spéciaux compris (comme 'Hazon). L'application crée un programme jusqu'au jour J, sans séance le Chabbat ni les jours de fête. Chaque verset du Maftir et de la haftara est présenté avec nikoud, te'amim et phonétique, et lu par une voix hébraïque, au ralenti si besoin. Cette voix lit le texte de façon parlée : la mélodie des te'amim s'apprend avec le rav, qui peut enregistrer sa lecture chantée dans l'application. Démarrage gratuit, sans carte bancaire. En savoir plus sur l'application Ma Paracha.
Sources
- Deutéronome 1:1-3:22, texte de la paracha Devarim (Sefaria)
- Isaïe 1:1-27, haftara de Devarim (Sefaria)
- Rachi sur Deutéronome 1:1 (Sefaria)
- Devarim (parasha) (Wikipédia)
Questions fréquentes
Quand est lue la paracha Devarim ?
En diaspora, la paracha Devarim est lue le samedi 7 août 2027, le samedi 29 juillet 2028 et le samedi 21 juillet 2029. C'est toujours le Chabbat qui précède Ticha BeAv, appelé Chabbat 'Hazon. Elle n'est jamais jumelée avec une autre paracha.
Quelle est la haftara de Devarim ?
C'est Isaïe 1:1-27, identique chez les Ashkénazes et les Séfarades. Elle commence par « 'Hazon Yecha'yahou », la vision d'Isaïe, et c'est la dernière des trois haftarot de réprimande avant Ticha BeAv. Les usages pouvant varier, confirmez auprès de votre synagogue.
De quoi parle la paracha Devarim ?
Dans la paracha Devarim (ou Dvarim, D'varim, Debarim), Moïse commence son discours d'adieu : nomination des juges, épisode des explorateurs et ses conséquences, quarante ans dans le désert, respect des territoires d'Edom, Moav et Ammon, victoires sur Si'hon et Og, et partage des terres à l'est du Jourdain.
Combien de versets compte la paracha Devarim ?
Elle compte 105 versets, de Deutéronome 1:1 à 3:22, en sept montées. Le Maftir correspond aux trois derniers versets (Deutéronome 3:20-22).
Peut-on faire sa Bar Mitzvah sur la paracha Devarim, juste avant Ticha BeAv ?
Oui : la lecture à la synagogue a lieu normalement le Chabbat 'Hazon. En revanche, les Neuf Jours imposent des restrictions sur la fête (musique, repas), variables selon le rite, et certaines communautés confient la haftara au rabbin. Organisez-vous tôt avec votre rabbin.