Le Kiddouch du vendredi soir est la bénédiction récitée sur une coupe de vin pour ouvrir le repas de Chabbat. Il se compose de trois parties : les versets « Vaykhoulou » qui racontent le septième jour de la Création (Genèse 2, 1-3), la bénédiction du vin « boré peri haguéfen », puis la bénédiction « mekadech hachabbat » qui proclame la sainteté du jour. Voici le texte complet en hébreu, en phonétique et en français, suivi du déroulement pas à pas.
Qu'est-ce que le Kiddouch ?
« Kiddouch » signifie « sanctification ». La Torah ordonne : « Pense au jour du Sabbat pour le sanctifier » (Exode 20, 8). Le Talmud (Pessa'him 106a) en déduit qu'il faut sanctifier le Chabbat par la parole dès son entrée, et que les Sages ont fixé cette sanctification sur une coupe de vin, symbole de joie. Le Talmud (Berakhot 20b) précise aussi que les femmes sont tenues au Kiddouch au même titre que les hommes.
Le Kiddouch se récite à la maison, à l'endroit même où l'on prend le repas, après l'office du soir. Il prend place après le chant de Chalom Alékhem et, dans beaucoup de familles, d'Échet 'Hayil. Pour préparer la soirée en amont, notre guide de préparation du Chabbat reprend l'essentiel, et la page Chabbat Chalom explique le sens de cette salutation.
Texte complet du Kiddouch du vendredi soir
Le texte ci-dessous suit le rite ashkénaze ; les deux passages entre parenthèses ne sont pas dits dans le rite séfarade (voir plus bas). Le Nom divin est écrit sous sa forme abrégée, comme dans de nombreux livres de prières.
1. Les versets de la Création (Vaykhoulou)
On commence à voix basse par la fin du verset précédent, puis on poursuit à voix haute.
(בלחש:) וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר
יוֹם הַשִּׁשִּׁי: וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ וְכָל־צְבָאָם: וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה, וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִכָּל־מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה: וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת־יוֹם הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ, כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל־מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר־בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת:
(À voix basse) Vayehi érev vayehi voker. Yom hachichi. Vaykhoulou hachamaïm véhaarets vékhol tsevaam. Vaykhal Élo-him bayom hachevii melakhto achèr assa, vayichbot bayom hachevii mikol melakhto achèr assa. Vayvarekh Élo-him èt yom hachevii vaykadech oto, ki vo chavat mikol melakhto achèr bara Élo-him laassot.
« Le soir se fit, puis le matin ; ce fut le sixième jour. Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu'ils renferment. Dieu mit fin, le septième jour, à l'œuvre faite par lui ; et il se reposa, le septième jour, de toute l'œuvre qu'il avait faite. Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se reposa de l'œuvre entière qu'il avait produite et organisée. » (Genèse 1, 31 – 2, 3, traduction du Rabbinat)
2. L'appel à l'attention (Savri)
סַבְרִי מָרָנָן וְרַבּוֹתַי
Savri maranan vérabotaï.
« Avec votre permission, mes maîtres. » Dans le rite séfarade, on dit Savri maranan et l'assistance répond Lé'haïm, « à la vie ».
3. La bénédiction du vin
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן:
Baroukh ata Ado-naï, Élo-hénou mélekh haolam, boré peri haguéfen.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées le fruit de la vigne. » On répond : Amen.
4. La sanctification du Chabbat (Mekadech hachabbat)
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְרָצָה בָנוּ, וְשַׁבַּת קָדְשׁוֹ בְּאַהֲבָה וּבְרָצוֹן הִנְחִילָנוּ, זִכָּרוֹן לְמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. (כִּי הוּא יוֹם) תְּחִלָּה לְמִקְרָאֵי קֹדֶשׁ, זֵכֶר לִיצִיאַת מִצְרָיִם. (כִּי בָנוּ בָחַרְתָּ וְאוֹתָנוּ קִדַּשְׁתָּ מִכָּל הָעַמִּים) וְשַׁבַּת קָדְשְׁךָ בְּאַהֲבָה וּבְרָצוֹן הִנְחַלְתָּנוּ. בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת:
Baroukh ata Ado-naï, Élo-hénou mélekh haolam, achèr kidechanou bemitsvotav vératsa vanou, véchabbat kodcho béahava ouvratsone hin'hilanou, zikarone lemaassé véréchit. (Ki hou yom) te'hila lemikraé kodech, zékher litsiat Mitsraïm. (Ki vanou va'harta véotanou kidachta mikol haamim) véchabbat kodchekha béahava ouvratsone hin'haltanou. Baroukh ata Ado-naï, mekadech hachabbat.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous a agréés ; avec amour et bienveillance, Il nous a donné en héritage Son saint Chabbat, souvenir de l'œuvre de la Création. (Car c'est) le premier des jours de sainte convocation, souvenir de la sortie d'Égypte. (Car Tu nous as choisis et Tu nous as sanctifiés parmi tous les peuples) et Tu nous as donné en héritage, avec amour et bienveillance, Ton saint Chabbat. Béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat. » On répond : Amen.

Le déroulement pas à pas
- Préparer la table : deux 'hallot recouvertes d'un linge ou d'un napperon, et une coupe remplie de vin ou de jus de raisin. La coupe doit contenir au moins un revi'it (environ 8,6 cl selon la mesure la plus courante ; certains retiennent une mesure plus grande).
- Chanter Chalom Alékhem, puis Échet 'Hayil selon l'usage de la famille.
- Réciter le Kiddouch en tenant la coupe ; les convives écoutent avec l'intention d'être acquittés et répondent Amen après chaque bénédiction.
- Boire : celui qui a récité boit au moins l'équivalent d'une bonne gorgée (« plein une joue », selon l'expression du Talmud), puis fait passer le vin aux convives.
- Se laver les mains (nétilat yadayim), puis dire Hamotsi sur les deux 'hallot : ces bénédictions sont détaillées dans notre page sur les bénédictions avant de manger.
Les 'hallot restent couvertes pendant le Kiddouch : on explique souvent que le pain, qui a normalement la priorité, ne doit pas « voir » que l'on bénit le vin avant lui. S'il n'y a ni vin ni jus de raisin, le vendredi soir, on peut réciter le Kiddouch sur les 'hallot, en remplaçant la bénédiction du vin par Hamotsi. Pour le menu qui suit, voyez ce que l'on mange traditionnellement à Chabbat.
Qui récite le Kiddouch ?
Traditionnellement, le maître de maison récite le Kiddouch pour toute la famille, et chacun est acquitté en l'écoutant. Toute personne adulte peut le dire pour elle-même, homme ou femme. Un enfant qui n'a pas encore atteint l'âge de la majorité religieuse ne peut pas acquitter les adultes, mais on l'habitue souvent à le réciter pour lui-même.
C'est d'ailleurs un moment fort dans la vie d'un garçon : après sa Bar Mitzvah, il peut réciter le Kiddouch pour toute la table. Beaucoup de familles le lui confient pour la première fois le vendredi soir de sa fête. Pour les femmes et la question d'acquitter des hommes, les usages diffèrent : interrogez votre rabbin.
Variantes séfarade et ashkénaze
| Élément | Rite séfarade | Rite ashkénaze |
|---|---|---|
| Avant le Kiddouch | Chalom Alékhem, Échet 'Hayil ; certains ajoutent le Psaume 23 (« Mizmor léDavid ») | Chalom Alékhem, Échet 'Hayil |
| Appel « Savri » | Savri maranan, l'assistance répond Lé'haïm | Savri maranan vérabotaï |
| Bénédiction du vin | boré peri haguéfen | boré peri hagafen (prononciation ashkénaze) |
| Bénédiction du Chabbat | Sans « Ki hou yom » ni « Ki vanou va'harta… mikol haamim » | Avec ces deux passages |
| Posture | Les usages varient : certains restent debout, d'autres s'assoient, d'autres se lèvent seulement pour « Vaykhoulou ». Suivez la coutume de votre famille. | |
Ces différences se retrouvent dans toute la liturgie ; notre article sur Séfarades et Ashkénazes lors d'une Bar Mitzvah en donne d'autres exemples.
Et le Kiddouch du samedi matin ?
Le samedi, après l'office du matin, on récite un second Kiddouch avant le repas de midi. Il est beaucoup plus court : quelques versets, puis la seule bénédiction du vin. Les Ashkénazes disent « Véchamerou » (Exode 31, 16-17) et tout ou partie de « Zakhor » (Exode 20, 8-11) ; les Séfarades récitent le Psaume 23, « Im tachiv » (Isaïe 58, 13-14) et « Véchamerou ». Le Talmud (Pessa'him 106a) le désigne comme le « grand Kiddouch », Kiddoucha Rabba, alors qu'il est le plus court des deux.
C'est aussi le nom du buffet servi à la synagogue après l'office. Le Chabbat d'une Bar Mitzvah, la famille offre souvent ce Kiddouch à toute la communauté : c'est le cœur du Chabbat Hatan. Pour situer ce moment dans la journée, lisez comment se déroule une Bar Mitzvah.
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Sources
Questions fréquentes
Peut-on faire le Kiddouch avec du jus de raisin ?
Oui. Le jus de raisin porte la même bénédiction que le vin, boré peri haguéfen, et il est couramment utilisé pour le Kiddouch, notamment pour les enfants ou les personnes qui ne boivent pas d'alcool. Vérifiez simplement qu'il porte une certification de cacherout.
Que faire si l'on n'a pas de vin le vendredi soir ?
Le vendredi soir, on peut réciter le Kiddouch sur les deux 'hallot. On se lave les mains, on dit les versets et la bénédiction de sanctification du Chabbat en remplaçant la bénédiction du vin par Hamotsi, puis on mange le pain.
Faut-il être debout ou assis pour le Kiddouch ?
Les deux usages existent. Certaines familles se tiennent debout pendant tout le Kiddouch, d'autres restent assises, d'autres encore se lèvent seulement pour les versets de « Vaykhoulou ». L'important est d'écouter attentivement et de répondre Amen.
Quelle est la différence avec le Kiddouch du samedi matin ?
Le Kiddouch du vendredi soir comporte une bénédiction propre qui proclame la sainteté du Chabbat. Celui du samedi matin, appelé Kiddoucha Rabba, se limite à quelques versets et à la bénédiction du vin. Il est d'institution rabbinique.

