La paracha Reé (רְאֵה, « vois ») est la 47e paracha du cycle annuel et la quatrième du Deutéronome (Devarim 11:26-16:17). Moïse place devant le peuple la bénédiction et la malédiction, puis détaille des lois essentielles : cacherout, dîmes, tsedaka, année de remise des dettes et trois fêtes de pèlerinage.
On l'écrit aussi Re'eh, Reeh ou Rééh. Elle suit la paracha Ekev et précède la paracha Choftim. Elle est lue à la fin du mois d'Av, au moment où l'on annonce le mois d'Eloul, et parfois le jour même de Roch 'Hodech Eloul. Avec 55 mitsvot, c'est l'une des parachiot les plus denses en lois de toute la Torah. Voici son résumé, ses thèmes, sa haftara et tout ce qu'il faut savoir pour une Bar Mitzvah sur la paracha Reé.
רְאֵה אָנֹכִי נֹתֵן לִפְנֵיכֶם הַיּוֹם בְּרָכָה וּקְלָלָה׃
« Vois, je place devant vous aujourd'hui la bénédiction et la malédiction. » (Deutéronome 11:26)
Paracha Reé : le résumé
La paracha Reé compte 126 versets, en sept montées et un Maftir. Moïse passe des souvenirs du désert au code des lois qui organiseront la vie dans le pays.
1re montée (Deutéronome 11:26-12:10) : bénédiction et malédiction
Moïse présente le choix : la bénédiction si le peuple obéit aux commandements, la malédiction s'il s'en détourne. Une fois le Jourdain traversé, la bénédiction sera proclamée sur le mont Guerizim et la malédiction sur le mont Eval. Il faudra détruire les lieux de culte idolâtres et apporter les sacrifices, les dîmes et les offrandes uniquement « au lieu que l'Éternel choisira », pour s'y réjouir en famille. Fini le temps où « chacun fait ce qui lui semble bon ».
2e montée (Deutéronome 12:11-28) : le lieu choisi et la viande
Les sacrifices seront offerts seulement au lieu choisi, où l'on se réjouira avec ses enfants, ses serviteurs et le Lévite. Loin de ce lieu, on pourra abattre et manger de la viande partout, selon son envie, mais sans jamais consommer le sang, « car le sang, c'est la vie ». La dîme du blé, du vin et de l'huile et les premiers-nés du bétail se mangeront devant Dieu, au lieu choisi. Et surtout : « Garde-toi d'abandonner le Lévite. »
3e montée (Deutéronome 12:29-13:19) : contre l'idolâtrie
Ne pas chercher à imiter les cultes des nations. « Tout ce que je vous ordonne, observez-le : n'y ajoutez rien et n'en retranchez rien. » Un prophète ou un rêveur qui inciterait à servir d'autres dieux, même en produisant un signe qui se réalise, ne doit pas être écouté : c'est une épreuve. Même un frère, un enfant, une épouse ou l'ami le plus proche qui pousserait à l'idolâtrie ne doit pas être protégé. Une ville entière entraînée dans l'idolâtrie (ir hanida'hat) doit faire l'objet d'une enquête minutieuse puis être détruite.
4e montée (Deutéronome 14:1-21) : enfants de Dieu et cacherout
« Vous êtes les enfants de l'Éternel votre Dieu » : on ne se fait pas d'entailles ni de tonsure en signe de deuil. La Torah énumère les animaux permis : ceux qui ont le sabot fendu et qui ruminent (bœuf, mouton, chèvre, cerf, gazelle…). Le chameau, le lièvre et le daman, qui ruminent sans avoir le sabot fendu, et le porc, qui a le sabot fendu sans ruminer, sont interdits. Parmi les poissons, seuls ceux qui ont nageoires et écailles sont permis. Suit une liste d'oiseaux interdits, dont l'aigle, le corbeau et la cigogne, puis l'interdiction de manger une bête morte sans abattage et de « cuire le chevreau dans le lait de sa mère ».
5e montée (Deutéronome 14:22-29) : les dîmes
Chaque année, on prélève un dixième de la récolte pour le manger au lieu choisi. Si la distance est trop grande, on convertit cette dîme en argent pour acheter sur place de quoi faire la fête. Tous les trois ans, la dîme est laissée dans sa ville pour le Lévite, l'étranger, l'orphelin et la veuve, « afin qu'ils mangent et se rassasient ».
6e montée (Deutéronome 15:1-18) : la remise des dettes et la tsedaka
Tous les sept ans, les créanciers doivent renoncer aux dettes de leurs frères (chemita). « Il n'y aura pas de pauvre chez toi » si le peuple obéit ; mais s'il y a un pauvre, « tu n'endurciras pas ton cœur et tu ne fermeras pas ta main ». Il faut ouvrir sa main et prêter selon ses besoins, même si l'année de remise approche, et donner sans regret, car « le pauvre ne disparaîtra pas du pays ». L'esclave hébreu sera libéré la septième année, et pas les mains vides : on le comble de cadeaux pris du troupeau, de l'aire et du pressoir. S'il refuse de partir, on lui perce l'oreille contre la porte.
7e montée (Deutéronome 15:19-16:17) : premiers-nés et fêtes de pèlerinage
Les premiers-nés mâles du bétail sont consacrés à Dieu et mangés au lieu choisi, sauf s'ils ont un défaut. Puis viennent les trois fêtes : Pessa'h, au mois du printemps, avec le sacrifice pascal et sept jours de matsot, le « pain de misère » ; Chavouot, sept semaines plus tard, fête où l'on se réjouit avec le Lévite, l'étranger, l'orphelin et la veuve ; Souccot, sept jours de joie après la récolte. Trois fois par an, chaque homme se présente devant Dieu, « et nul ne viendra les mains vides ».
Les grands thèmes et les mitsvot de Reé
Selon le Séfer Ha'Hinoukh, la paracha Reé contient 55 mitsvot (n° 436 à 490), dont l'abattage rituel (che'hita), les signes des oiseaux permis, la deuxième dîme et la dîme du pauvre, la remise des dettes la septième année, la tsedaka, l'interdiction d'endurcir son cœur face au pauvre et la joie des fêtes.
Le libre choix
« Vois, je place devant vous » : la paracha s'ouvre sur un choix. Rachi précise que cette bénédiction et cette malédiction sont celles qui seront proclamées sur le mont Guerizim et sur le mont Eval. La Torah ne force pas : elle montre deux chemins et laisse chacun choisir.
La tsedaka, au cœur de la loi
Rachi détaille les versets sur le pauvre. « Tu n'endurciras pas ton cœur » vise celui qui hésite à donner ; « tu ne fermeras pas ta main » vise celui qui tend la main puis la referme. Il faut donner « même plusieurs fois », « même cent fois ». Et il faut couvrir « ce qui lui manque », selon ce à quoi la personne était habituée : la dignité du pauvre compte autant que son besoin. Découvrez notre page sur la tsedaka dans le judaïsme.
Une sainteté qui passe par l'assiette
« Vous êtes les enfants de l'Éternel », puis la liste des animaux permis : la paracha relie l'identité et l'alimentation. La cacherout n'est pas présentée comme une règle d'hygiène mais comme une manière de vivre en peuple saint, jusque dans les gestes du quotidien.
La joie partagée
Le verbe « se réjouir » revient sans cesse : se réjouir au lieu choisi, à Chavouot, à Souccot. Mais jamais seul : avec le Lévite, l'étranger, l'orphelin et la veuve. La joie juive est une joie qui invite. Pour mieux connaître ces fêtes, lisez nos pages sur Pessa'h, Chavouot et Souccot.
La haftara de Reé
La haftara de Reé est Isaïe 54:11-55:5, dans les rites ashkénaze et séfarade. Elle commence par « Aniya so'ara » (« Malheureuse, battue par la tempête ») et c'est la troisième des sept haftarot de consolation.
| Rite | Référence de la haftara |
|---|---|
| Ashkénaze | Isaïe 54:11-55:5 |
| Séfarade | Isaïe 54:11-55:5 (identique) |
Le prophète promet à Jérusalem, « malheureuse et inconsolée », d'être rebâtie avec des pierres précieuses. Il annonce : « Tous tes enfants seront disciples de l'Éternel, et grande sera la paix de tes enfants. » Puis vient un appel : « Vous tous qui avez soif, venez vers l'eau ; même sans argent, venez, achetez et mangez. » Le lien avec la paracha est double : la tsedaka (Dieu nourrit gratuitement ceux qui ont faim, comme la Torah demande d'ouvrir sa main au pauvre) et l'alliance éternelle avec le peuple. Certaines années, ce Chabbat coïncide avec Roch 'Hodech Eloul : de nombreuses communautés lisent alors la haftara de Roch 'Hodech (Isaïe 66), selon des usages variables. Les haftarot diffèrent aussi selon les communautés (rite marocain, yéménite, Chabad…) : confirmez toujours auprès de votre synagogue. Pour en savoir plus : la haftara, c'est quoi ?
Faire sa Bar Mitzvah sur la paracha Reé
En diaspora, la paracha Reé est lue le samedi 28 août 2027, le samedi 19 août 2028 et le samedi 11 août 2029. Elle n'est jamais jumelée avec une autre paracha. Comme elle tombe le Chabbat où l'on bénit le mois d'Eloul, ou à Roch 'Hodech Eloul lui-même, vérifiez avec votre rabbin quelle haftara et quel Maftir votre fils lira cette année-là : un Chabbat Roch 'Hodech comporte un Maftir propre, tiré des Nombres.
Les années ordinaires, le Bar Mitzvah lit le plus souvent le Maftir (Deutéronome 16:13-17, sur Souccot et le pèlerinage) puis la haftara d'Isaïe. Certains lisent aussi une ou plusieurs montées, voire la paracha entière.
| Partie | Référence | Versets |
|---|---|---|
| 1re montée | Deutéronome 11:26-12:10 | 17 |
| 2e montée | Deutéronome 12:11-28 | 18 |
| 3e montée | Deutéronome 12:29-13:19 | 22 |
| 4e montée | Deutéronome 14:1-21 | 21 |
| 5e montée | Deutéronome 14:22-29 | 8 |
| 6e montée | Deutéronome 15:1-18 | 18 |
| 7e montée | Deutéronome 15:19-16:17 | 22 |
| Maftir | Deutéronome 16:13-17 | 5 |
Difficulté et durée de préparation. Bonne nouvelle : la haftara de Reé est l'une des plus courtes de l'année (12 versets), et le Maftir compte 5 versets. Cela en fait une paracha accessible pour un garçon qui commence tard sa préparation : 4 à 6 mois peuvent suffire pour Maftir et haftara avec un travail régulier. Pour la paracha complète (126 versets, avec les listes d'animaux et d'oiseaux), comptez environ un an. Pour vérifier la paracha de votre fils, consultez quelle paracha pour ma Bar Mitzvah et le calendrier des parachiot.

Idées de dvar Torah pour un discours de Bar Mitzvah
La paracha Reé parle de choix, de générosité et de joie : trois thèmes parfaits pour un discours de 13 ans. Pour la mise en forme, appuyez-vous sur notre guide pour écrire un discours mémorable.
- « Vois » : à moi de choisir. La paracha commence par un choix entre deux chemins. Devenir Bar Mitzvah, c'est devenir responsable de ses choix. Le garçon peut raconter un choix difficile qu'il a fait et expliquer ce qui l'a guidé.
- Ouvrir sa main. Rachi distingue celui qui hésite et celui qui tend la main puis la referme. Le jeune homme peut annoncer un engagement concret de tsedaka (une partie de ses cadeaux pour une association, du bénévolat) et expliquer pourquoi la dignité de celui qu'on aide compte autant que le don.
- Une joie qui n'oublie personne. Le Maftir demande de se réjouir à Souccot avec l'étranger, l'orphelin et la veuve. Une belle façon d'accueillir les invités de sa Bar Mitzvah : remercier chacun, penser à ceux qui ne sont plus là ou qui sont seuls, et faire de sa fête une joie partagée.
Préparer la paracha Reé avec l'application Ma Paracha
Ma Paracha trouve gratuitement la paracha, le Maftir et la haftara de votre fils, et tient compte des Chabbatot spéciaux comme Roch 'Hodech : un vrai plus pour la paracha Reé. L'application construit ensuite un programme jusqu'à la Bar Mitzvah, sans séance le Chabbat ni les jours de fête. Chaque verset s'affiche avec nikoud, te'amim et phonétique (séfarade ou ashkénaze) et peut être écouté grâce à une voix hébraïque. Cette voix lit le texte de façon parlée et ne chante pas les te'amim : la mélodie se travaille avec le rav, qui peut enregistrer sa lecture dans l'application. Démarrage gratuit, sans carte bancaire. Découvrez l'application Ma Paracha.
Sources
- Deutéronome 11:26-16:17, texte de la paracha Reé (Sefaria)
- Isaïe 54:11-55:5, haftara de Reé (Sefaria)
- Rachi sur Deutéronome 15:7 (Sefaria)
- Re'eh (Wikipédia)
Questions fréquentes
Quand est lue la paracha Reé ?
En diaspora, la paracha Reé est lue le samedi 28 août 2027, le samedi 19 août 2028 et le samedi 11 août 2029. Elle tombe à la fin du mois d'Av, le Chabbat où l'on bénit le mois d'Eloul ou à Roch 'Hodech Eloul, et n'est jamais jumelée avec une autre paracha.
Quelle est la haftara de Reé ?
C'est Isaïe 54:11-55:5, identique chez les Ashkénazes et les Séfarades, troisième des sept haftarot de consolation. Quand ce Chabbat coïncide avec Roch 'Hodech Eloul, de nombreuses communautés lisent la haftara de Roch 'Hodech : confirmez auprès de votre synagogue.
De quoi parle la paracha Reé ?
La paracha Re'eh (ou Reeh) présente la bénédiction et la malédiction, centralise le culte au lieu choisi par Dieu, interdit l'idolâtrie, énonce les règles de la cacherout, les dîmes, la remise des dettes, la tsedaka, la libération de l'esclave hébreu et les trois fêtes de pèlerinage.
Combien de versets compte la paracha Reé ?
Elle compte 126 versets, de Deutéronome 11:26 à 16:17, en sept montées. Le Maftir correspond aux versets 16:13-17. Elle contient 55 mitsvot selon le Séfer Ha'Hinoukh.
La paracha Reé est-elle difficile pour une Bar Mitzvah ?
Non, c'est plutôt l'une des plus accessibles : le Maftir compte 5 versets et la haftara seulement 12. Attention toutefois aux années où le Chabbat coïncide avec Roch 'Hodech Eloul, car le Maftir et la haftara changent alors.