La paracha Ki Tétsé est la 49e section du cycle annuel de lecture de la Torah et la sixième du Deutéronome (Devarim 21:10-25:19). En 110 versets, elle rassemble à elle seule 74 commandements : famille, objets perdus, respect des animaux, justice envers les pauvres et honnêteté, avant de s'achever sur le souvenir d'Amalek.
Paracha Ki Tétsé : le résumé
Son nom hébreu, כִּי־תֵצֵא, signifie « lorsque tu sortiras » : ce sont les premiers mots du texte, qui évoquent la sortie en guerre. Selon les communautés, on l'écrit aussi Ki Tetse, Ki Teitzei (orthographe anglaise), Ki Tetzé ou Ki Seitzei (prononciation ashkénaze). Elle suit la paracha Choftim et précède la paracha Ki Tavo. Ki Tétsé n'est pas un récit : Moïse, dans son grand discours d'adieu, y enchaîne des lois très concrètes de la vie quotidienne. Voici le contenu de chaque montée (alya), tel qu'il est lu à la synagogue.
1re montée (Deutéronome 21:10-21) : la captive, l'aîné et le fils rebelle
La paracha s'ouvre sur le cas d'un soldat qui désire une femme captive : la Torah lui impose un mois d'attente pendant lequel elle se coupe les cheveux, change de vêtements et pleure son père et sa mère ; s'il ne veut plus l'épouser ensuite, il doit la laisser libre, sans jamais la vendre. Vient ensuite le droit de l'aîné : un père qui a deux épouses, l'une aimée et l'autre non, ne peut pas priver le premier-né de la double part d'héritage au profit du fils de l'épouse préférée. Enfin, la Torah décrit le « fils dévoyé et rebelle » (ben sorer oumoré), que ses parents amènent devant les anciens de la ville.
2e montée (21:22-22:7) : le corps du condamné, l'objet perdu et le nid d'oiseau
Le corps d'un condamné ne doit pas rester exposé la nuit : il faut l'enterrer le jour même. Puis vient la mitsva de rendre un objet perdu (hachavat avéda) : si tu trouves le bœuf, le mouton, l'âne ou le vêtement de ton prochain, tu dois le lui rapporter, et « tu ne pourras pas te dérober ». Si l'animal de ton prochain est tombé sous sa charge, tu dois l'aider à le relever. La montée se termine par l'interdiction pour un homme de porter un vêtement de femme et inversement, et par la mitsva de renvoyer la mère oiseau avant de prendre les œufs ou les petits (chiloua'h hakène), avec une promesse : « afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours ».
3e montée (22:8-23:7) : le parapet, les mélanges et les lois du mariage
Qui construit une maison neuve doit poser un parapet (maaké) autour du toit pour que personne ne tombe. Suivent les interdits de mélanges : semer d'autres graines dans sa vigne, labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble, porter un tissu de laine et de lin (chaatnez). La Torah prescrit ensuite les franges (tsitsit) aux quatre coins du vêtement. La suite traite des lois du mariage : le mari qui calomnie son épouse, l'adultère, la jeune fiancée agressée en ville ou dans les champs. La montée s'achève sur les règles d'entrée dans « l'assemblée de l'Éternel », notamment l'exclusion des Ammonites et des Moabites, qui n'ont pas accueilli Israël avec du pain et de l'eau et ont engagé Balaam pour le maudire.
4e montée (23:8-24) : la pureté du camp, l'esclave réfugié et les vœux
On ne doit pas rejeter l'Édomite, « car il est ton frère », ni l'Égyptien, « car tu as été étranger dans son pays ». Le camp militaire doit rester propre et saint, car Dieu y marche avec les soldats. Un esclave qui s'enfuit et se réfugie chez toi ne doit pas être livré à son maître : il vivra où il le souhaite, sans être maltraité. La montée interdit aussi de prêter à intérêt à son frère et demande d'accomplir sans tarder les vœux que l'on a prononcés : « ce qui est sorti de tes lèvres, tu l'observeras ».
5e montée (23:25-24:4) : le droit de l'ouvrier agricole et le divorce
Celui qui travaille dans la vigne ou le champ de son prochain peut manger des raisins ou cueillir des épis à la main, mais sans remplir son panier ni porter la faucille sur la récolte d'autrui. La Torah pose ensuite le cadre du divorce par un acte écrit (le guet) remis à la femme, et interdit au premier mari de réépouser une femme divorcée qui s'est remariée entre-temps.
6e montée (24:5-13) : le jeune marié, le gage et la mémoire de Myriam
Un jeune marié est dispensé d'armée pendant un an pour « réjouir la femme qu'il a épousée ». On ne prend pas en gage une meule, car ce serait prendre en gage la vie même de la famille. L'enlèvement d'une personne pour la vendre est puni de mort. La Torah rappelle ce qui est arrivé à Myriam, frappée de lèpre après avoir mal parlé de Moïse. Enfin, le prêteur ne doit pas entrer chez l'emprunteur pour saisir le gage, et il doit rendre le soir le vêtement d'un pauvre pour qu'il puisse dormir dedans.
7e montée (24:14-25:19) : salaire, glanage, honnêteté et Amalek
Il faut payer le salaire de l'ouvrier pauvre le jour même, avant le coucher du soleil. Chacun ne répond que de ses propres fautes : on ne punit pas les pères pour les fils ni les fils pour les pères. La gerbe oubliée, les dernières olives et les derniers raisins sont laissés à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve, « souviens-toi que tu as été esclave en Égypte ». Suivent la limite de quarante coups de fouet, l'interdiction de museler le bœuf qui foule le grain, le lévirat (yiboum) et la cérémonie de la 'halitsa, puis l'exigence de poids et de mesures justes. La paracha se termine par le commandement de se souvenir de ce qu'Amalek a fait sur la route, en attaquant les traînards épuisés à l'arrière du peuple, et d'en effacer la mémoire : « n'oublie pas ».
Le Maftir (25:17-19)
Le Maftir reprend les trois derniers versets, ceux d'Amalek. Ce sont exactement les versets lus comme Maftir lors du Chabbat Zakhor, le Chabbat qui précède Pourim. Le garçon qui fait sa Bar Mitzvah sur Ki Tétsé lit donc l'un des passages les plus connus de la Torah.
Les grands thèmes et les mitsvot de Ki Tétsé
Ki Tétsé est la paracha qui contient le plus de mitsvot : le Séfer Ha'Hinoukh y recense 74 commandements (les mitsvot 532 à 605 de son décompte), soit environ un huitième des 613 mitsvot de la Torah. Plusieurs fils rouges les relient.
La Torah tient compte de la nature humaine
Pourquoi commencer par la femme captive ? Rachi (sur 21:11), citant le Talmud (Kiddouchin 21b), explique que « la Torah ne parle ici qu'en réponse au mauvais penchant » : elle encadre une situation qu'elle ne peut pas empêcher totalement. Rachi ajoute, d'après le Midrach Tan'houma, que les trois sections sont placées l'une après l'autre pour enseigner une conséquence : qui épouse la captive finira par la détester (la section des deux épouses) et aura d'elle un fils rebelle. Les décisions prises sous le coup d'un désir ont des suites.
Une mitsva en entraîne une autre
Le renvoi de la mère oiseau est l'une des deux seules mitsvot de la Torah pour lesquelles la récompense explicite est une longue vie (l'autre est le respect des parents). Rachi (sur 22:7) en tire un raisonnement : si un commandement aussi facile, qui ne coûte rien, est ainsi récompensé, combien plus les commandements difficiles. Sur le verset suivant (22:8), il souligne que la mitsva du nid est suivie de celle de la maison neuve et de son parapet : « une mitsva entraîne une mitsva ».
La responsabilité envers autrui
Rendre un objet perdu, aider à relever l'animal d'un voisin, poser un parapet, payer l'ouvrier le jour même, rendre le soir le manteau du pauvre : la paracha décrit une société où l'on ne peut pas « se dérober ». Rachi (sur 24:15) note que l'ouvrier risque sa vie, monte sur des échelles ou des arbres, pour gagner ce salaire : le retarder est donc une faute grave. C'est aussi dans cet esprit que s'inscrit la tsedaka.
Se souvenir d'Amalek
Amalek a attaqué Israël « sur la route », sans raison, en frappant les plus faibles. Rachi (sur 25:18) rapporte une image du Midrach : celle d'un bain brûlant dans lequel personne n'ose entrer ; un insolent y saute, se brûle, mais le fait paraître froid aux autres. Amalek a ainsi « refroidi » la crainte qu'inspirait Israël aux nations. Se souvenir d'Amalek, c'est refuser que la cruauté envers les plus vulnérables devienne banale.
La haftara de Ki Tétsé
La haftara de Ki Tétsé est tirée d'Isaïe 54:1-10, et elle est identique chez les Ashkénazes et les Séfarades. C'est la cinquième des sept haftarot de consolation lues entre Ticha Beav et Roch Hachana.
| Rite | Haftara | Versets |
|---|---|---|
| Ashkénaze | Isaïe 54:1-10 | 10 |
| Séfarade | Isaïe 54:1-10 (identique) | 10 |
| Cas particulier | Isaïe 54:1-10 puis 54:11-55:5, quand la haftara de Reé a été remplacée par celle de Roch 'Hodech | 10 + 12 |
Le prophète s'adresse à Jérusalem comme à une femme stérile et délaissée : « Réjouis-toi, stérile qui n'enfantais pas ! » Il lui demande d'agrandir sa tente, d'allonger ses cordages, car ses enfants seront nombreux. Dieu reconnaît l'avoir abandonnée « un court instant », mais promet de la reprendre avec une bonté éternelle. Le passage se termine sur une image très forte : comme Dieu a juré qu'il n'y aurait plus de déluge après Noé, il jure de ne plus s'irriter contre son peuple ; « les montagnes peuvent se déplacer », sa bienveillance, elle, ne s'éloignera pas. Le lien avec la paracha : Ki Tétsé parle beaucoup de mariage, d'épouses aimées ou délaissées, de divorce ; la haftara reprend ces images pour décrire la relation entre Dieu et Israël, qui ne sera jamais rompue.
Certaines années, quand le Chabbat Reé tombe un Roch 'Hodech Elloul, sa haftara est remplacée ; on ajoute alors, selon de nombreux usages, la suite d'Isaïe (54:11-55:5) à la haftara de Ki Tétsé. Les haftarot peuvent aussi varier selon les communautés (rite marocain, yéménite, Chabad…) : confirmez toujours la lecture exacte auprès de votre synagogue. Pour comprendre le rôle de ce texte, lisez notre article la Haftarah, c'est quoi ?
Faire sa Bar Mitzvah sur la paracha Ki Tétsé
En diaspora, la paracha Ki Tétsé est lue le samedi 11 septembre 2027, le samedi 2 septembre 2028 et le samedi 25 août 2029. Elle tombe toujours pendant le mois d'Elloul, le mois de préparation à Roch Hachana, et elle n'est jamais jumelée avec une autre paracha : le garçon lit donc une paracha « simple ».
Le plus souvent en France, le Bar Mitzvah lit le Maftir (3 versets) puis la haftara (10 versets). Certains garçons lisent une ou plusieurs montées, voire la paracha complète : avec 110 versets, c'est une paracha de longueur moyenne, mais riche en mots techniques. Voici le découpage utilisé à la synagogue.
| Montée | Référence | Versets |
|---|---|---|
| 1re montée | Deutéronome 21:10-21 | 12 |
| 2e montée | Deutéronome 21:22-22:7 | 9 |
| 3e montée | Deutéronome 22:8-23:7 | 29 |
| 4e montée | Deutéronome 23:8-24 | 17 |
| 5e montée | Deutéronome 23:25-24:4 | 6 |
| 6e montée | Deutéronome 24:5-13 | 9 |
| 7e montée | Deutéronome 24:14-25:19 | 28 |
| Maftir | Deutéronome 25:17-19 | 3 |
| Haftara | Isaïe 54:1-10 | 10 |
Difficulté et durée de préparation
Le couple Maftir + haftara de Ki Tétsé est l'un des plus accessibles de l'année : 3 versets de Torah et 10 versets de prophète au style poétique, mais régulier. Pour un garçon qui sait déjà déchiffrer l'hébreu, comptez en général six mois à raison de quelques séances courtes par semaine ; prévoyez davantage s'il doit d'abord apprendre à lire ou s'il vise plusieurs montées. Point d'attention : dans le dernier verset, de nombreuses communautés font répéter le mot « zékher » avec deux vocalisations ; demandez à votre rav la pratique de votre synagogue. Les te'amim (la cantillation) et les bénédictions de la montée à la Torah s'apprennent en parallèle.
Vous ne savez pas encore si la date de votre fils tombe sur Ki Tétsé ? Notre guide quelle paracha pour ma Bar Mitzvah et le calendrier des parachiot vous aident à la trouver. Le calculateur gratuit de Ma Paracha donne aussi, à partir de la date de naissance, le Chabbat, le Maftir et la haftara selon votre rite.

Idées de dvar Torah pour un discours de Bar Mitzvah
Ki Tétsé offre des thèmes très concrets, faciles à relier à la vie d'un garçon de 13 ans. Voici trois pistes, à développer avec l'aide de notre guide pour écrire un discours de Bar Mitzvah mémorable.
1. « Tu ne pourras pas te dérober »
La Torah ne dit pas seulement « rends l'objet perdu », elle ajoute : tu n'as pas le droit de faire comme si tu n'avais rien vu. Le Bar Mitzvah peut raconter une situation vécue : un téléphone oublié en classe, un camarade isolé dans la cour. Devenir responsable, c'est ne plus détourner le regard.
2. Le parapet : penser à la sécurité des autres
Celui qui construit une maison pense à ceux qui monteront sur son toit. Le garçon peut transposer : mes paroles, mes messages sur les réseaux, mes blagues peuvent faire « tomber » quelqu'un. Mettre un parapet, c'est réfléchir avant d'agir. On peut citer Rachi : une mitsva en entraîne une autre.
3. Amalek et les plus faibles
Le Maftir du Bar Mitzvah parle d'Amalek, qui s'en est pris aux traînards fatigués. Le message pour un adolescent est direct : être fort, ce n'est pas écraser les plus faibles, c'est rester à l'arrière avec eux. Une belle conclusion consiste à annoncer un engagement personnel (aider un élève en difficulté, un projet de tsedaka).
Préparer la paracha Ki Tétsé avec Ma Paracha
Ma Paracha, l'application de Bar-Mitzvah.fr, accompagne votre fils jusqu'au jour J : elle calcule sa lecture (Maftir, haftara ou paracha complète), construit un programme qui saute le Chabbat et les fêtes, et affiche chaque verset avec nikoud, te'amim et phonétique séfarade ou ashkénaze. Une voix hébraïque lit chaque verset, au ralenti si besoin. Précision honnête : c'est une lecture parlée ; la mélodie des te'amim vient du rav, qui peut l'enregistrer dans l'appli et écouter les enregistrements de son élève. Démarrage gratuit, sans carte bancaire, puis 14,90 € par mois sans engagement ou 119 € par an. Découvrez toutes les fonctionnalités sur notre page application paracha Bar Mitzvah.
Sources
- Sefaria : Deutéronome 21:10-25:19 (texte et commentaires)
- Chabad.org : Ki Tetsé en bref
- Wikipédia : Ki Tetze
Questions fréquentes
Quand est lue la paracha Ki Tétsé ?
En diaspora, la paracha Ki Tétsé est lue le samedi 11 septembre 2027, le samedi 2 septembre 2028 et le samedi 25 août 2029. Elle tombe chaque année pendant le mois d'Elloul, quelques semaines avant Roch Hachana, et n'est jamais lue en même temps qu'une autre paracha.
Quelle est la haftara de Ki Tétsé ?
La haftara de Ki Tétsé est Isaïe 54:1-10, dans les rites ashkénaze et séfarade. C'est la cinquième haftara de consolation. Certaines années, on y ajoute Isaïe 54:11-55:5 ; vérifiez auprès de votre synagogue, car les usages peuvent varier.
De quoi parle la paracha Ki Tetse ?
La paracha Ki Tetse (ou Ki Teitzei) réunit 74 mitsvot de la vie quotidienne : la femme captive, l'héritage de l'aîné, l'objet perdu, le nid d'oiseau, le parapet, le salaire de l'ouvrier, le glanage, les poids justes. Elle se termine par le commandement de se souvenir d'Amalek.
Combien de versets compte la paracha Ki Tétsé ?
La paracha Ki Tétsé compte 110 versets (Deutéronome 21:10 à 25:19), répartis en sept montées et un Maftir de 3 versets. La plus longue montée est la troisième, avec 29 versets.
Que lit un Bar Mitzvah sur la paracha Ki Tétsé ?
En général, il lit le Maftir (Deutéronome 25:17-19, sur Amalek) puis la haftara d'Isaïe 54:1-10, soit 13 versets en tout. Certains lisent aussi une ou plusieurs montées, voire la paracha entière : le choix se fait avec le rav de la communauté.